02.10.2008
Pas de rustines pour Monsieur SEGUIN
"La France a impérativement besoin d'une distribution claire des missions entre les acteurs de la formation professionnelle : Etat, Régions, Partenaires sociaux(...) Il faut en réalité non pas se contenter de poser des rustines, mais procéder à une véritable remise à plat". En commentant la sortie du Rapport de la Cour des Comptes intitulé "La formation professionnelle tout au long de la vie", Philippe SEGUIN, Premier Président de la Cour des Comptes, dénonce, à l'instar de nombreux rapports avant le sien, l'opacité et la complexité du système de la formation professionnelle qui "réussit cette gageure de ne répondre ni aux besoins de ses bénéficiaires (potentiels), ni aux besoins des entreprises".
Le constat n'est pas nouveau : à votre avis, le rapport PERY, c'était en quelle année, déjà?...Mars 99... Bientôt 10 ans!
La question, c'est comment faire pour changer plus? Passer d'un changement de niveau 1 (les rustines) à un changement de niveau 2 (passer au vélo électrique).
Et ça n'en prend pas la voie : Les principaux bénéficiaires potentiels de l'opacité ambiante, à savoir les gestionnaires du système, se voient confier les travaux de rénovation... Et réclament de pouvoir le faire "en toute autonomie" : Ils demandent "qu'on les laisse travailler"...
Autant leur demander de scier la branche (professionnelle) sur laquelle ils sont assis...
La cour des comptes brandit la menace de supprimer tout l'ensemble ("A défaut d'une amélioration significative de la mutualisation des fonds et de la transparence de la gestion de ces organismes (OPCA et OCTA - note du rédacteur), la question devrait être posée du transfert de la collecte des fonds de la formation professionnelle et de la taxe d'apprentissage, ou du moins de leur part mutualisée, à un fonds unique, voire aux URSSAF. Cette solution ferait du réseau des URSSAF le collecteur quasiment universel des cotisations assises sur la masse salariale, ce qui permettrait à la fois une plus grande simplicité pour les entreprises, et d'importantes économies d'échelle"...).
Certes...
Il demeure une question centrale : pourquoi est-ce que les ouvriers des PMI ne sont pas plus souvent en formation? Mais pour répondre à cette question, ce ne sont ni les dirigeants d'organismes collecteurs, ni les Conseils Régionaux qu'il faut aller questionner....
14:12 Publié dans Apprentissage, Billets d'humeur, Formation Professionnelle, Rapports publics | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.09.2008
Quand on (re)découvre qu'il y a bien alternance et alternance...
Un rapport d'étude publié par l'OREF Ile de France et intitulé "Peut-on comparer l'insertion professionnelle des lycées et celle des apprentis?" déploie des trésors d'imagination pour nous faire comprendre que, oui, bien sûr, les résultats ne plaident pas en faveur des études sous statut scolaire, mais que bon, c'est pas pareil, c'est pas comparable, on ne mesure pas la même chose...Evidemment, les chiffres ne font pas plaisir à lire, quand on est responsable ou enseignant au sein d'un établissement de type lycée professionnel....
Car en fait, après nous avoir alerté sur la nécessité d'être prudent dans l'exercice de comparaison, l'étude nous montre quand même des données comparatives. Et, il faut bien se rendre à l'évidence : Quels que soient les niveaux et les secteurs professionnels, les taux d'insertion sont toujours supérieurs pour les apprentis que pour les lycéens...
Plutôt que de jeter l'anathème sur les lycées et leurs équipes, essayons d'analyser les causes à l'origine de ces constats...
Bien sûr, l'analyse de ce phénomène ne peut être que multi-factorielle, mais il me semble que la question de la posture des jeunes et des maîtres de stage pendant les périodes d'alternance en entreprise est un facteur (sur)déterminant.
En effet, lors de nos études auprès des maîtres de stage et maîtres d'apprentissage, les propos tenus étaient bien souvent sur le registre suivant : "L'apprenti, on cherche à lui confier un travail et à faire en sorte qu'il y arrive...Il est intégré dans l'équipe de travail. Le stagiaire, on s'arrange surtout pour qu'il ne lui arrive rien...Quitte à ce qu'il ne touche à rien...Ou qu'il fasse une activité à côté, mais sans conséquence immédiate pour les autres au travail...Il faut dire qu'on a pas beaucoup de temps pour s'occuper de lui..."
Et, de fait, les rythmes de travail dans les entreprises permettent rarement aux maîtres de stage de consacrer suffisamment de temps à leurs stagiaires...
D'une certaine manière, consciemment ou non, à tord ou à raison, en phase de recrutement, les employeurs n'accordent pas la même valeur à des périodes en entreprise sous statut scolaire et sous statut d'apprentissage...
Comment remédier à cette situation? En consacrant beaucoup de temps auprès des maîtres de stage et des stagiaires pour optimiser l'évolution de l'implication des stagiaires dans l'entreprise... Mais pour ça, encore faut-il considérer que cette activité fait partie de la mission d'un enseignant...Et non, comme c'est encore souvent le cas, mettre les jeunes en stages pendant les périodes de vacances scolaires...
A bon entendeur...
16:53 Publié dans Apprentissage, Billets d'humeur, Insertion Professionnelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.07.2008
1,35 Milliards d'euros pour un droit à la formation différée...
"75 000 jeunes de la Génération 2004 ont poursuivi leurs études dans l'enseignement supérieur mais sans y obtenir de diplôme. Ces jeunes qui représentent 1/5ème des étudiants issus de l'enseignement supérieur, connaissent (...) des difficultés importantes d'insertion professionnelle (...). En fin de 3ème année de vie active, (...)17% sont au chômage, soit 5 points de plus que leurs homologues de la Génération 1998"...
Est-ce qu'on va durablement continuer ce gâchis humain et financier? (Mais au fait, à qui profite le scandale?...)
Car si l'on se réfère aux données du Ministère de l'Education Nationale, et si on prend pour hypothèse que ces "non diplômés du supérieur" y ont consacré 2,5 années en moyenne (à mon avis, vision minimaliste), on arrive au coût annuel de l'opération : 1,351 MM€ (1,35 milliard d'euros)...
Une suggestion : instaurer un "droit à la formation différée" alimenté par ce budget récupéré de l'enseignement supérieur (et affecté aux Régions), et proposer ainsi aux bacheliers d'entrer tout de suite dans la vie professionnelle, quitte à faire valoir ce droit quelques années plus tard...
Car aujourd'hui, les portes de l'université grandes ouvertes privent 75 000 jeunes par an d'un budget de 18 000 € de formation...
Puisque la révision générale des politiques publiques est en marche... Allons-y jusqu'au bout...
16:34 Publié dans Apprentissage, Billets d'humeur, Formation Professionnelle, Rapports publics | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.06.2008
les CFA "historiques" feront-ils le choix de l'excellence?
"Je constate que les formations par apprentissage connaissent aujourd'hui un réel succès, et offrent d'excellentes perspectives d'insertion professionnelle. C'est pourquoi, je suis favorable à ce qu'elles puissent se développer dans les établissements scolaires, notamment dans le cadre de l'extension du label "Lycée des Métiers"". Non, ce n'est pas un Président (de gauche) de Conseil Régional qui s'exprime...C'est Xavier DARCOS, Ministre de l'Education Nationale, dans un interview consacré au "guide de l'alternance" de recrut.com....
Plus rien ni personne ne s'oppose donc au développement de l'apprentissage au sein de l'Education Nationale, les politiques régionales en matière d'apprentissage étant en règle générale sur cette ligne également (J'en veut pour preuve le nombre d'ouvertures de sections d'apprentissage autorisées, ces dernières années, aux différents CFA de l'Education Nationale)...
Et c'est tant mieux... Espérons que, dès lors, le discours sur l'apprentissage, tenu aux élèves (des collèges notamment), par les enseignants et les parents va s'en trouver modifié...
Oui, l'apprentissage peut être une voie d'excellence... Sous réserve qu'elle ne soit pas organisée et vécue comme une juxtaposition de temps (de travail et "d'école") comme c'est encore trop souvent l'impression qui se dégage des entretiens avec des apprentis ou leurs représentants...
Cette généralisation progressive de l'offre de formation en apprentissage à l'ensemble des établissements de formation va créer, de fait, une émulation (pour ne pas dire concurrence) accrue entre les établissements, et notamment entre les CFA "historiques" (gérés par des CCI, des CMA, des branches professionnelles, des villes), et ces "nouveaux" CFA...
Dès lors, on peut supposer (ou à tout le moins espérer) que cette émulation sera source d'amélioration qualitative des prestations..Je pense pour ma part, qu'à l'instar de ce qui se passe avec l'enseignement privé sous contrat, ces CFA "historiques" n'auront pas d'autre choix que l'excellence...Pour faire valoir à leurs "clients" (jeunes, familles, entreprises), une véritable valeur ajoutée différenciatrice...
L'excellence, en matière d'apprentissage, c'est 100% de placement, et 100% de réussite aux diplômes...
Qui relève le défi?
12:08 Publié dans Apprentissage, Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.05.2008
L'apprentissage : achevons donc la mutation!
Gilles MOREAU, éminent sociologue de l'apprentissage, constate "la mutation inachevée de l'apprentissage" , mettant en avant tout à la fois des constats de déficit "d'universalité de l'apprentissage" (sous représentation des jeunes issus de l'immigration, des filles, ...), de segmentation de l'apprentissage (les apprentis du supérieur ne sont pas les mêmes qu'aux niveaux 5 et 4), ainsi que de scolarisation croissante de l'apprentissage (renforcement du modèle scolaire : selon une étude en Pays de Loire, 65% des apprentis se déclarent d'accord avec l'idée que "Le CFA ressemble à une école").
Monsieur MOREAU conclut son propos par une analyse des finalités de l'apprentissage. Il constate une double typologie : "L'apprentissage de formation" qui vise à apprendre un métier, et qui se concentre aux niveaux 5 et 4; Et "l'apprentissage d'insertion", dont la finalité est l'emploi, et qui se concentre principalement dans l'apprentissage du supérieur (83% des apprentis du supérieur déclarent avoir choisi l'apprentissage pour trouver facilement du travail selon la même étude).
Cette situation, parfaitement analysée et qui croise nos constats au quotidien, porte peut-être en elle les germes de sa mutation : on peut peut-être considérer, effectivement , qu'un système alterné de formation sous contrat de travail est aussi un système transitoire, entre un système de formation sous statut scolaire (même alterné) et un travail à temps plein...
Lors d'une étude que nous avions faite en Nord Pas de Calais sur les Maîtres d'apprentissage, j'avais constaté combien certaines organisations, et notamment les plus importantes d'entre-elles (en nombre de salariés), intégraient l'apprentissage comme une voie de recrutement à part entière. Nous avions alors caractérisé "l'apprentissage stratégique" comme une double appropriation, par l'entreprise, de l'objectif "diplôme" et de l'objectif "emploi". Les propos tenus alors par les DRH de ces structures étaient du style "s'il a son diplôme, nous lui proposons un contrat"...
Les entreprises de plus de 250 salariés sont 4 fois plus représentées en 2006 (dernières données connues) qu'en 1992 parmi les employeurs d'apprentis; Les apprentis ont, pour plus du quart d'entre eux, 20 ans et plus à l'entrée en apprentissage; 15% des diplômes préparés sont de niveau III,II ou I (2,2% en 1992)...
Dès lors, pourquoi ne pas considérer la finalité "insertion" comme une finalité à part entière, qui constitue une transition légitime entre le monde de l'éducation et celui du travail?
Les expérimentations qui se font jour de type "BTS 1+1" (première année sous statut scolaire - deuxième année sous statut apprenti) semblent attester du bien fondé de cette évolution (à quand une évaluation de ces dispositifs?).
C'est pourquoi, plutôt que de chercher à arbitrer entre des formations sous statut scolaire et sous statut apprenti, il semblerait bien préférable, dans une perspective de professionnalisation des formations, et notamment des licences, d'organiser des dispositifs pédagogiques qui se terminent par un temps (variable selon les individus?) d'apprentissage...
L'insertion professionnelle des jeunes diplômés y trouverait certainement son compte...
08:32 Publié dans Apprentissage, Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

