27.03.2008
La formation, une assurance contre la perte d'employabilité ?
Hier, dans les salons feutrés du Sénat, le cabinet CIRCE (1) organisait un séminaire expert sur le thème « opportunité et faisabilité juridique d'un compte épargne formation »…
En fait, très rapidement, les intervenants (2) de l’après midi, tous deux juristes éminents de la formation professionnelle, ont émis l’hypothèse de l’émergence d’un droit nouveau, le « Droit à l’employabilité ». Ce droit nouveau, établi par le législateur, serait garanti par une « protection sociale », au même titre que la retraite, la santé, la prévoyance, le chômage, …
A charge pour les partenaires sociaux, de gérer un établissement qui, sur le modèle de la sécurité sociale, d’une part gèrerait la collecte de ressources, et d’autre part redistribuerait ces ressources sous la forme de financement de formation, sorte de remède à la perte d’employabilité…
Passons sur le peu d’enthousiasme que suscite le « modèle » de gestion qu’est la « sécu »…On pourrait imaginer qu’un organisme nouveau, tirant les leçons de plus de 60 ans de gestion paritaire, gagne en performance par rapport à son modèle…
Passons aussi sur la difficulté intrinsèque que constitue la notion de perte « d’employabilité » : Perdre la santé, on arrive assez bien à l’apprécier ; perdre l’emploi, aussi ; perdre la vie, … encore plus ! Mais perdre l’employabilité, … C’est plus complexe à mesurer… Mais imaginons encore qu’on arrive à définir cette notion …
La question qui vient immédiatement derrière est « quel remède ? »
La formation ? Allons donc !
Non, messieurs les experts, la formation ne se réduit pas à une médecine ou une assurance contre la perte d’employabilité, pas plus qu’elle n’est une garantie efficace à cet égard… Ces deux notions sont distinctes, elles peuvent se croiser, mais ne sont pas de même nature…
D’autant qu’avec cette notion d’assurance, plus vous avez « d’accidents » dans votre vie professionnelle, plus vous allez payer cher votre assurance ? A moins que ce ne soit votre employeur qui paie plus cher, vous dédouanant ainsi de votre responsabilité de conducteur de votre employabilité…
Non, décidément, cette notion d’assurance ne me plait guère…
A contrario, réfléchir à la nécessité, pour conduire sa vie professionnelle, de garder tous ses points de « permis de conduire », voire d’entretenir en permanence une aptitude à la conduite de sa vie professionnelle, …
Oui, le permis de conduire sa vie professionnelle devrait être obligatoire ! Derrière ce « permis de conduire », il devrait y avoir l’attestation d’une capacité à développer de l’appétence et de la curiosité pour les apprentissages nouveaux, à conserver des traces de ses expériences professionnelles pour pouvoir les valider, le moment venu, à développer une clairvoyance sur ses apprentissages en situation de travail, ou sur la valeur ajoutée intrinsèque en termes d’apprentissage de ces situations, etc. …
Bien sûr, tout le monde ne peut pas passer l’agrégation et la notion de « formation tout au long de la vie » ne signifie pas qu’il faille ambitionner de rester tous à l’école si possible jusqu’à la retraite…
Cela signifie simplement qu’il faille maîtriser ses apprentissages tout au long de sa vie, et ça, ça s’apprend, et ça s’entretient….
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(1) Jean-Marie LUTTRINGER et Jacques BARTHELEMY
(2) Et d’ailleurs, cette notion d’employabilité est-elle véritablement la plus pertinente ? Un consultant, qui plus est expert, indépendant depuis dix ans, a-t-il une forte employabilité ?... Je n’en suis pas si sûr, et pourtant il passe sa vie à se former, par lui-même, chez ses clients, en permanence il repousse les limites de ses connaissances…
07:33 Publié dans Billets d'humeur, Formation Professionnelle, Insertion Professionnelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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