« Quel avenir pour la FPC? La question de la valeur ajoutée perçue | Page d'accueil | La formation professionnelle dans vingt ans... »

06.05.2008

L'apprentissage : achevons donc la mutation!

Gilles MOREAU, éminent sociologue de l'apprentissage, constate "la mutation inachevée de l'apprentissage" , mettant en avant tout à la fois des constats de déficit "d'universalité de l'apprentissage" (sous représentation des jeunes issus de l'immigration, des filles, ...), de segmentation de l'apprentissage (les apprentis du supérieur ne sont pas les mêmes qu'aux niveaux 5 et 4), ainsi que de scolarisation croissante de l'apprentissage (renforcement du modèle scolaire : selon une étude en Pays de Loire, 65% des apprentis se déclarent d'accord avec l'idée que "Le CFA ressemble à une école").

Monsieur MOREAU conclut son propos par une analyse des finalités de l'apprentissage. Il constate une double typologie : "L'apprentissage de formation" qui vise à apprendre un métier, et qui se concentre aux niveaux 5 et 4; Et "l'apprentissage d'insertion", dont la finalité est l'emploi, et qui se concentre principalement dans l'apprentissage du supérieur (83% des apprentis du supérieur déclarent avoir choisi l'apprentissage pour trouver facilement du travail selon la même étude).

Cette situation, parfaitement analysée et qui croise nos constats au quotidien, porte peut-être en elle les germes de sa mutation : on peut peut-être considérer, effectivement , qu'un système alterné de formation sous contrat de travail est aussi un système transitoire, entre un système de formation sous statut scolaire (même alterné) et un travail à temps plein...

Lors d'une étude que nous avions faite en Nord Pas de Calais sur les Maîtres d'apprentissage, j'avais constaté combien certaines organisations, et notamment les plus importantes d'entre-elles (en nombre de salariés), intégraient l'apprentissage comme une voie de recrutement à part entière. Nous avions alors caractérisé "l'apprentissage stratégique" comme une double appropriation, par l'entreprise, de l'objectif "diplôme" et de l'objectif "emploi". Les propos tenus alors par les DRH de ces structures étaient du style "s'il a son diplôme, nous lui proposons un contrat"...

Les entreprises de plus de 250 salariés sont 4 fois plus représentées en 2006 (dernières données connues) qu'en 1992 parmi les employeurs d'apprentis; Les apprentis ont, pour plus du quart d'entre eux, 20 ans et plus à l'entrée en apprentissage; 15% des diplômes préparés sont de niveau III,II ou I (2,2% en 1992)...

Dès lors, pourquoi ne pas considérer la finalité "insertion" comme une finalité à part entière, qui constitue une transition légitime entre le monde de l'éducation et celui du travail?

Les expérimentations qui se font jour de type "BTS 1+1" (première année sous statut scolaire - deuxième année sous statut apprenti) semblent attester du bien fondé de cette évolution (à quand une évaluation de ces dispositifs?).

C'est pourquoi, plutôt que de chercher à arbitrer entre des formations sous statut scolaire et sous statut apprenti, il semblerait bien préférable, dans une perspective de professionnalisation des formations, et notamment des licences, d'organiser des dispositifs pédagogiques qui se terminent par un temps (variable selon les individus?) d'apprentissage...

L'insertion professionnelle des jeunes diplômés y trouverait certainement son compte...

 

  

Ecrire un commentaire