27.05.2008

Les NEETs questionnent la société des adultes

Une note de veille du Centre d'analyse stratégique de mai 2008, au demeurant fort instructive sur la construction, au Japon, de la "société de l'éducation tout au long de la vie" , évoque l'existence des jeunes NEETs japonais, à savoir les "Non Currently Engaged in Employment, Education or Training". Ces NEETs seraient passés de 400 000 en 1993 à 640 000 en 2002!

Mais combien sont-ils, ces  NEETs, dans notre société française? Ces jeunes qui ne sont ni en recherche d'emploi, ni en étude ou formation, et encore moins en emploi? Les conseillers des missions locales évoquent fréquemment l'existence de ces jeunes , qui n'attendent rien de notre société des adultes... 

Car quel est le message transmis par ces jeunes à la société? Cette mise en retrait signifie-t-elle la perte de sens? (quel sens ça a pour moi d'entrer dans votre système?) ; le sentiment d'impuissance ? (je n'y arriverai jamais....); voire l'absence d'instrumentalité (qu'est-ce que j'y gagne?)... Peut-être un peu de tout celà à la fois...

Quoi qu'il en soit, si l'un d'entre vous a des données ou des témoignages ou des informations sur les NEETs en France, et/ou en Europe... Merci de réagir à cette brève... 

26.05.2008

La guerre des chiffres a bien lieu...

"Le taux d'accès à la formation continue des salariés diplômés de l'enseignement supérieur est plus de trois fois supérieur à celui des salariés sans diplôme" (extrait du rapport des travaux du COE du 08 avril 2008).

Le taux d'accès des employés au plan de formation des entreprises de 10 salariés et plus est de 30 %, alors que celui des cadres et ingénieurs est de 25%. Pour les entreprises de moins de 10 salariés, ces données sont respectivement de 22% pour les employés et de 13% pour les ingénieurs et cadres.

Sauf à croire que les employés sont tous diplômés de l'enseignement supérieur, et que les ingénieurs et cadres ne le sont pas, on a des difficultés à rapprocher ces données...

La question des sources de données est évidemment posée... Pour ce qui concerne les travaux du COE, force est de constater que les données datent un peu : Il s'agit de l'enquête "Formation continue 2000", traîtée par la DARES.  Les données traitées, pour leur part, par le Cabinet Ambroise BOUTEILLE, sont principalement les "Etats statistiques et financiers" fournis par les OPCA et OPACIF, et en complément,  les données issues de la déclaration "24-83", qui "présente des limites"("le montant de l'effort de l'entreprise y est probablement surestimé car les montants des formations prises en charge par les OPCA n'y sont pas explicitement déduits")...

Quoi qu'il en soit, l'impression qui domine à l'issue de la lecture de ce rapport d'évaluation de l'ANI, établi par rien moins que trois cabinets, est qu'il s'inscrit en faux par rapport aux travaux du COE...A lire ce rapport, il ne faut surtout rien changer... Tous les indicateurs sont en train d'évoluer dans le bon sens...

Et pourtant, quand Jean-Claude CARLE évoquait dans son rapport "les trois P (la personne, les partenariats, la proximité) pour donner un nouvel élan à notre système de formation professionnelle", on avait bien envie de l'entendre...

D'où vient cette curiosité?

En fait, peut-être bien que derrière ces chiffres et ces réflexions, se  cachent des réalités différentes..Car, si l'on envisage la formation professionnelle comme étant "au service de la sécurisation des parcours professionnels", comment croire alors qu'une organisation par branche professionnelle soit adaptée? En revanche, la formation au plus près des besoins économiques, la formation qui vise le renforcement des compétences et  leur nécessaire adaptation aux évolutions technologiques et organisationnelles trouve bien sa logique au sein d'une branche professionnelle...

En définitive, le système à construire devrait conjuguer une approche territoriale de "sécurisation du parcours professionnel" de la personne, forcément diplômante et prenant en compte une dimension générale, interprofessionnelle, et une approche plus immédiatement opérationnelle, en lien direct avec les besoins économiques actuels et futurs du secteur profesionnel dans lequel cette personne intervient... 

 

 

21.05.2008

Bilan de l'ANI

Le bilan de l'accord sur la formation professionnelle de décembre 2003 a été présenté le 05 mai par les partenaires sociaux. L'évaluation en 3 volets est à télécharger ici

20.05.2008

Les cités des métiers : un exemple à suivre?

A l'heure ou Monsieur Laurent WAUQUIEZ, Secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi, auprès de la ministre de l’Economie s'active pour mettre en place le nouveau service public de l'emploi, issu de la fusion de l'ANPE et des ASSEDIC, un regard vers les Cités des Métiers nous apprendrait que des tentatives réussies de travail de conserve entre les différents services de conseil en matière d'emploi, d'orientation et de formation professionnelle existent déjà ...

Bien sûr, aujourd'hui, les Cités des Métiers fonctionnent sur un principe d'anonymat de la démarche individuelle, et d'initiative de cette démarche par l'individu lui même ... Bien sûr, aujourd'hui, les conseillers des Cités des Métiers n'interviennent pas sur la situation administrative des personnes qui les consultent...

Mais, à cette différence près, le principe est le même... Les conseillers sont mis à disposition par les services publics (ou non) de l'emploi (ANPE, AFPA, Missions Locales) de l'orientation (CIO, ONISEP ...),de la formation (FONGECIF, OPCA, branches professionnelles...) et travaillent ensemble à l'accueil et au conseil du public...

Sans compter que ce public est indistinctement salarié, scolaire, demandeur d'emploi, futur créateur d'entreprise, ...

Aujourd'hui, quelle évaluation de la performance de ces Cités des métiers, qui pour la plus ancienne d'entre elle, celle de la Cité des Sciences et de l'Industrie de La Villette à Paris, existe depuis une quinzaine d'années (création en 1993)? Si l'on en juge par le développement du réseau (25 Cités des Métiers dans le monde), l'expérience doit être probante...

Quoi qu'il en soit, cette question de l'impact de l'anonymat de la démarche, et donc du caractère a priori ouvert et gratuit du service offert , mériterait d'être évaluée...

Car, de fait, à la différence des autres lieux d'accueil, ciblés sur un public spécific (ANPE, Missions Locales, ...), ces Cités des Métiers ne sont pas connotées négativement...Au contraire, semble,t-il...

Aujourd'hui, le principe même de l'anonymat des personnes qui sollicitent des informations pose question aux responsables des réseaux qui mettent à disposition des conseillers : à l'heure de la recherche de productivité du service public de l'emploi, ils ne peuvent pas comptabiliser le service rendu... Et donc, le temps passé sur les sites des Cités des Métiers par les conseillers est du temps de perdu...Dès lors, la tentation est grande de s'orienter vers des activités plus "comptabilisables"...

Comment se sortir de ce dilemne?... Ne pourrait-on pas immaginer un service à deux niveaux : Un premier niveau anonyme, et si les personnes le souhaitent, un approfondissement pour lequel on lève cet anonymat, et on entre dans le conseil suivi et administrativement pris en compte?

Quoio qu'il en soit, cette notion de démarche volontariste de la personne qui prend en main son parcours professionnel est manifestement un gage de réussite... Et de mise en oeuvre effective des plans d'actions ultérieurs par les individus...

Enfin, et ce point n'est pas un détail, la qualité des conseils prodigués, leur actualisation, leur ancrage dans la réalité professionnelle sont conditionnés par la participation de ces conseillers aux travaux d'analyse, plus ou moins prospective, sur les emplois, métiers et compétences des secteurs professionnels...

Si, comme c'est le cas par exemple à Limoges, la Cité des Métiers est intégrée dans une structure plus générique (en l'occurence PRISME LIMOUSIN) qui comporte un OREF (Observatoire Régional Emploi Formation), cette actualisation des compétences des conseillers est certainement facilitée par cette proximité...

Quoi qu'il en soit, ces Cités des Métiers existent et fonctionnent... Une évaluation approfondie des services qu'elles prodiguent, et de leurs coûts pour les deniers publics apporterait certainement un éclairage sur les axes de construction du fonctionnement du futur service public de l'emploi... 

 

13.05.2008

La formation professionnelle dans vingt ans...

En 1995 (déjà!), le Commissariat Général du Plan publiait le "Rapport BOISSONAT" intitulé "Le travail dans 20 ans"...Souvenez-vous...le contrat d'activité ...

Non, je ne suis pas aussi légitime que feu le "Commissariat Général du Plan" pour faire de la prospective, mais osons quand même...("les cons, ça ose tout...C'est même à ça qu'on les reconnaît"...- Les tontons flingueurs).

Dans vingt ans, soit en 2028, la formation professionnelle n'existera plus...que dans les livres d'histoire...Du moins en tant que dispositif et finalité...

La finalité sera la culture professionnelle... permanente...

Qu'est-ce que ça change? C'est ce que je me propose d'explorer avec vous...

Aujourd'hui, la formation professionnelle est sous le coup d'un reproche et d'un paradoxe.

Le principal reproche, c'est d'entretenir les inégalités, voire de les accentuer... Dans le pays de Condorcet, plus vous êtes formés, plus vous allez souvent en formation...

Le paradoxe est plus subtil : Il consiste à promouvoir la formation professionnalisante, tout en privilégiant la culture ...En effet, tous les discours des partenaires sur les exigences relatives aux formations professionnelles portent sur le caractère professionnalisant des contenus et des diplômes préparés par ces formations...Et, in fine, les principales compétences attendues des (futurs) professionnels relèvent de la capacité à travailler ensemble, de la capacité d'adaptation, de la capacité à comprendre et interpréter les situations, .... toutes compétences principalement développées par les études générales et humaines (les humanités...), ainsi que par le vécu professionnel...

Pour se sortir de cette situation, nous aurons, en 2028, trouvé les voies pour entrer dans la logique du développement permanent de la culture professionnelle par chacun...

La culture professionnelle, c'est d'abord le rapprochement de deux paradigmes : En quoi, ce que je vis au travail, me renseigne sur le monde dans lequel je vis? et inversement, en quoi, ce que j'apprend du monde me renseigne sur mon travail et comment je dois m'y prendre?...

Cet apprentissage bijectif permanent est la garantie, à la fois d'une sécurisation de mon parcours professionnel, et d'une progression permanente de mon niveau de connaissance...

Dès lors,  les dispositifs de formation professionnelle deviennent des dispositifs de "propédeutique professionnelle". La formation initiale professionnelle vise à préparer les jeunes à  analyser  leurs situations de travail et les apprentissages qui en découlent . La formation professionnelle continue vise à accompagner les apprenants permanents dans à la fois leurs choix professionnels, mais aussi leurs choix de validation, pour garantir et valider cette progression permanente de la "culture professionnelle"...

C'est pourquoi, il n'est pas illusoire de penser qu'en 2028, le dispositif existant sera en mesure de garantir, à tout citoyen, d'atteindre, s'il le souhaite, un niveau de culture professionnelle donné...

Ce niveau de "culture professionnelle" pourrait correspondre, par exemple, à  un niveau "licence professionnelle"(dont l'appellation est supposée inchangée en 2028), premier niveau de formation supérieure connu et reconnu au niveau européen...

Alors, la société de la connaissance, ambitionnée par la stratégie de Lisbonne sera en marche, car elle correspondra à un travail permanent de construction par chacun...(Le conseil européen de Lisbonne a ainsi fixé un objectif stratégique visant à faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale »)...

Quitte à ce que toute démarche entreprise par les personnes au delà de ce niveau (licence professionnelle) ne relève d'aucune prise en charge financière publique... Ainsi, les cadres et dirigeants des grandes organisations pourraient, bien sûr, continuer à progresser et préparer tous les executiv'MBA possibles... Mais pas dans le cadre des financements publics...D'ailleurs, les retours sur investissements attendus de ces démarches par les entreprises sont (?) et seront  tels, que les entreprises n'hésiteront pas à financer ces actions sur leurs propres deniers...

 

 

 

 

  

 

 

06.05.2008

L'apprentissage : achevons donc la mutation!

Gilles MOREAU, éminent sociologue de l'apprentissage, constate "la mutation inachevée de l'apprentissage" , mettant en avant tout à la fois des constats de déficit "d'universalité de l'apprentissage" (sous représentation des jeunes issus de l'immigration, des filles, ...), de segmentation de l'apprentissage (les apprentis du supérieur ne sont pas les mêmes qu'aux niveaux 5 et 4), ainsi que de scolarisation croissante de l'apprentissage (renforcement du modèle scolaire : selon une étude en Pays de Loire, 65% des apprentis se déclarent d'accord avec l'idée que "Le CFA ressemble à une école").

Monsieur MOREAU conclut son propos par une analyse des finalités de l'apprentissage. Il constate une double typologie : "L'apprentissage de formation" qui vise à apprendre un métier, et qui se concentre aux niveaux 5 et 4; Et "l'apprentissage d'insertion", dont la finalité est l'emploi, et qui se concentre principalement dans l'apprentissage du supérieur (83% des apprentis du supérieur déclarent avoir choisi l'apprentissage pour trouver facilement du travail selon la même étude).

Cette situation, parfaitement analysée et qui croise nos constats au quotidien, porte peut-être en elle les germes de sa mutation : on peut peut-être considérer, effectivement , qu'un système alterné de formation sous contrat de travail est aussi un système transitoire, entre un système de formation sous statut scolaire (même alterné) et un travail à temps plein...

Lors d'une étude que nous avions faite en Nord Pas de Calais sur les Maîtres d'apprentissage, j'avais constaté combien certaines organisations, et notamment les plus importantes d'entre-elles (en nombre de salariés), intégraient l'apprentissage comme une voie de recrutement à part entière. Nous avions alors caractérisé "l'apprentissage stratégique" comme une double appropriation, par l'entreprise, de l'objectif "diplôme" et de l'objectif "emploi". Les propos tenus alors par les DRH de ces structures étaient du style "s'il a son diplôme, nous lui proposons un contrat"...

Les entreprises de plus de 250 salariés sont 4 fois plus représentées en 2006 (dernières données connues) qu'en 1992 parmi les employeurs d'apprentis; Les apprentis ont, pour plus du quart d'entre eux, 20 ans et plus à l'entrée en apprentissage; 15% des diplômes préparés sont de niveau III,II ou I (2,2% en 1992)...

Dès lors, pourquoi ne pas considérer la finalité "insertion" comme une finalité à part entière, qui constitue une transition légitime entre le monde de l'éducation et celui du travail?

Les expérimentations qui se font jour de type "BTS 1+1" (première année sous statut scolaire - deuxième année sous statut apprenti) semblent attester du bien fondé de cette évolution (à quand une évaluation de ces dispositifs?).

C'est pourquoi, plutôt que de chercher à arbitrer entre des formations sous statut scolaire et sous statut apprenti, il semblerait bien préférable, dans une perspective de professionnalisation des formations, et notamment des licences, d'organiser des dispositifs pédagogiques qui se terminent par un temps (variable selon les individus?) d'apprentissage...

L'insertion professionnelle des jeunes diplômés y trouverait certainement son compte...

 

  

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