24.07.2008
Transférer l'orientation aux Régions : Oui, mais...
- "Faire prendre en charge les missions d'accueil et d'information par les Régions",
- "Redéfinir la fonction de conseil en orientation aujourd'hui mal exercée"...
Même s'il s'en défend, Monsieur Bruno RACINE, Président de ce Conseil, pouvait difficilement être plus désobligeant à l'égard de cette profession... Mais bon, ça sent le rapport un peu téléguidé, quand même....
De fait, l'argumentaire tient :
- Profusion de dispositifs (CIO, Missions locales, CIDJ,ONISEP, ...) qui engendre complexité, faible lisibilité et perte d'efficacité;
- Une profession exclusivement exercée par des psychologues, "ce qui présente en plus l'inconvénient de placer l'aide à l'orientation dans un cadre psychologique", les quels ne seraient pas vraîment managés ("Ils se concentrent donc souvent sur les taches qui leurs conviennent,(...) sans que cela corresponde nécessairement aux besoins des élèves(...)").
Admettons que les constats (qui ne sont d'ailleurs pas nouveaux, le HCE le reconnait volontiers) soient validés... L'analyse des causes manque un peu de profondeur, et de ce fait, les solutions proposées manquent de crédibilité...
Bien sûr, diversifier les profils des conseillers en orientation serait certainement une bonne chose . Sur ce sujet, je vous suggère de faire l'expérience suivante : Lancez le sujet de l'orientation scolaire lors d'un repas en famille ou entre amis... Vous verrez, tout le monde fourmille d'anecdotes, plus ou moins arrangées, sur l'ineptie des conseils qui ont été prodigués lors des séances d'orientation scolaire qu'eux mêmes ou leurs enfants ont subi...Les critiques les plus fréquentes portent sur l'absence de connaissances du monde professionnel et de ses réalités...
Donc, un peu de diversité dans le recrutement ne nuira certainement pas... Ne serait-ce qu'en termes de management des compétences des équipes de conseillers... Mais sera-ce suffisant? Le transfert aux Régions résoudra-t-il tous les problèmes?...
Pas certain, car l'analyse quantitative, qui fait cruellement défaut dans ce rapport du HCE, ne pousse pas à l'optimisme.
En effet, les 4 300 COP (Conseillers d'Orientation psychologues), en supposant qu'ils consacrent leurs 1600 heures uniquement à conseiller les jeunes (soit un capital de 6 880 000 heures disponible), n'auraient quand même qu'une heure à consacrer par élève et par an... (en fait, 57 minutes précisément...), soit un cumul d'une journée par élève sur la durée de la scolarité post élémentaire...C'est bien peu! (Il y a en France 5,8 M d'élèves du secondaire (Collège et lycées+STS+CPGE) et 1,4 M d'étudiants du supérieur...Un COP, en supposant une répartition homogène, pour 1674 élèves ou étudiants...
Le rapport évoque l'existence de conseillers privés... Oui, bien sûr, ces conseillers font souvent du très bon travail, et agissent en correctif, en palliatif, pour ceux qui en ont les moyens, aux carences du système public... Mais ils y consacrent combien de temps? A titre d'exemple, la durée standard d'un bilan de compétences, c'est 24 Heures... Est c'est généralement considéré comme étant trop court...
Donc le transfert aux Régions, oui, bien sûr, serait de nature à poursuivre le mouvement général de régionalisation du dispositif d'accueil, d'information et d'orientation... Mais pour que ce soit véritablement synonyme d'amélioration du service aux jeunes et aux familles, il est plus que vraisemblable que ce transfert devra s'accompagner d'un accroissement des effectifs de conseillers... Et cette réalité là, l'Etat préfère la transférer aux Régions...
10:11 Publié dans Billets d'humeur, Orientation Professionnelle, Rapports publics | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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